[Rencontre] Richard Maroko, directeur général des programmes de Mediawan Thematics

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Le 17 octobre les étudiants du Master 2 DMC ont eu la chance de rencontrer Richard Maroko, directeur général des programmes de Mediawan Thematics. Un moment privilégié durant lequel nous avons pu échanger sur les enjeux du secteur télévisuel français face à la pression des plateformes américaines.

 

Richard Maroko est diplômé de l’IEP de Paris en 1986, et à cette époque, il ne sait pas encore ce qu’il veut faire, mais il sait ce qu’il ne veut pas faire. Il prend d’ailleurs le temps de rappeler qu’avant de choisir un métier, c’est un style de vie, un environnement et un milieu que l’on choisit. Et comme « on n’est jamais meilleur que lorsque l’on fait ce que l’on aime », il est primordial d’aller là où l’on se sent bien. Il partage d’ailleurs une anecdote : lors d’un entretien, dans le secteur de la publicité, le recruteur lui demande « est-ce que ça vous plaît » ? Richard Maroko réitère alors sa motivation mais quelques minutes plus tard, le recruteur lui pose à nouveau la même question. Force est de reconnaitre que le poste proposé ne lui « plaît pas » réellement et que, même s’il aurait été bon à ce poste, il faut avant tout faire ce qui nous passionne.

Après avoir travaillé chez Bordas à la rédaction d’une Encyclopédie numérique, Richard Maroko rejoint le groupe Canal dans un premier temps pour gérer les acquisitions des programmes pour une chaine thématique construite sur les plus beaux fonds d’archives. Mais son plus grand succès c’est le lancement de Canal Jimmy. Les séries américaines, ne voyagent que très rarement jusqu’en France dans les années1990/2000 et pourtant c’est le début du “Golden Age” de la télévision américaine et des séries de qualité comme NYPD Blues, Dream On, Canal Jimmy les fera connaitre brillamment. Ce pari risqué est un à mettre à l’actif de son premier grand patron Michel Thoulouze qui lui apprend à oser en télévision !

Richard Maroko part ensuite dans le groupe AB où en tant que directeur des acquisitions, il contribue au lancement de 20 chaînes en 6 mois ! Sur les thématiques, tout était encore à faire auprès de Claude Berda cofondateur du Groupe AB. Rapidement, le groupe rachète RTL9 et déploie une stratégie originale et indépendante lançant un bouquet satellitaire et levant des fonds à New York. Richard Maroko est de l’aventure pendant 15 ans avant que le groupe ne soit racheté par Mediawan dans lequel il devient directeur général de 17 chaînes thématiques. Mediawan qui investit à la fois dans des productions mais aussi en acquisition de programmes vient d’innover récemment en confiant plusieurs de ses chaînes en télévision à la carte au service de contenus d’Amazon ; Amazon Channels.

En parallèle, Richard Maroko est élu président de l’Access, une association de chaînes thématiques qui représente ces dernières auprès des pouvoirs publics français.

Pour lui, la télévision n’est pas morte. En effet, « il n’y a jamais eu autant d’opportunités ! ». Les grandes chaînes nationales et les grandes fictions populaires continuent d’exister. Il ne manque d’ailleurs pas de rappeler que les français passent en moyenne 4 heures par jour devant leurs postes de télévision. « Il faut se sortir de la tête l’idée que plus personne ne regarde la télé ».

Même s’il admet que les chaînes françaises ont « perdu la bataille avec Netflix ou encore Amazon », il n’y a jamais eu autant de contenu original et étranger. Cette révolution fait tomber les a priori culturels qui se faisaient ressentir il y a plusieurs années. Il l’avoue, on ne peut pas lutter contre des choses qui sont déjà là. Les géants américains ont fait ce que les acteurs français ont été incapables ou trop lents à faire. Il faut donc embarquer dans la course au risque d’être mis à l’écart…

Richard Maroko met l’accent sur l’importance de savoir saisir les occasions et d’entretenir son réseau dans le secteur médiatique où la recommandation est gage de confiance.

Une rencontre très inspirante et rassurante sur l’avenir de la télévision française dans un contexte de plus en plus monopolistique.

 

Par Tiphaine Demarche