Retour sur le colloque des 70 ans de l'AFCAE : trois jours de réflexion sur la cinéphilie.
- jeannebabikian
- 26 janv.
- 3 min de lecture
Du 3 au 5 décembre 2025, l'AFCAE a célébré les 70 ans du mouvement Art et Essai avec un colloque exceptionnel « La cinéphilie d'hier à demain ». Chercheurs, professionnels du secteur, représentants des pouvoirs publics et critiques se sont retrouvés dans trois lieux préstigieux parisiens pour explorer ensemble les questionnements quant à l'héritage cinéphile, ses transformations et son avenir.
Mercredi 3 décembre - Quand la cinéphilie devient politique publique.
La première journée au CNC a donné le ton. Après l'ouverture de Lionel Bertinet et la présentation de Guillaume Bachy et Antoine de Baecque, Thierry Frémaux a posé une question simple en apparence mais vertigineuse : pourquoi la cinéphilie ? Son intervention a rappelé que derrière les débats de programmation et de politique culturelle, il y a d'abord une passion, un besoin vital de cinéma.

La table ronde qui a suivi, avec notamment Luc Cabassot et Violaine Rebelle, a montré comment cette passion s'était progressivement institutionnalisée, devenant un véritable outil de politique publique. L'après-midi, Claire Lambry et Claude-Éric Poiroux ont raconté l'aventure du festival Premiers Plans d'Angers, tandis qu'une discussion animée par Guillaume Bachy interrogeait le rôle de la salle comme socle de la cinéphilie.
Christian Bräuer a apporté un regard international bienvenu, avant que les représentants des grandes cinémathèques françaises ne débattent de leurs missions respectives. La Cinémathèque française, celle de Grenoble, de Toulouse, la Cinémathèque Universitaire et l'Institut Lumière ont échangé sur leurs approches parfois différentes de la conservation et de la transmission.
La soirée s'est achevée sur une note festive avec la projection en avant-première de Baise-en-ville de Martin Jauvat, qui a dialogué avec la salle après la séance. Un film qui parlait justement de ce lien particulier qu'on entretient avec les villes quand on aime le cinéma.
Jeudi 4 décembre - Une plongée dans les archives et questions de transmission.
L'ENS Ulm a accueilli la deuxième journée, dédiée à l'histoire de l'AFCAE. Frédéric Gimello-Mesplomb a retracé les circonstances de la fondation de l'association, rappelant le contexte d'après-guerre et l'effervescence culturelle de ces années-là. Mais le moment le plus émouvant est sans doute venu de Nicolas Bouchaud. Le comédien a lu des extraits d'archives de l'AFCAE, des lettres, des comptes-rendus de réunion, des manifestes. Ces voix du passé ont résonné étrangement dans la salle Dussane.
La table ronde sur les origines de l'Art et Essai en France, avec Roxane Hamery, Aurélie Pinto et Léo Souillés-Debats, a permis de mieux comprendre comment ce label s'était construit, parfois dans la bagarre, toujours dans la conviction. Guillaume Bachy a ensuite esquissé les perspectives d'avenir de l'AFCAE, avant que les étudiants du ciné-club de l'ENS ne présentent leurs propres pratiques cinéphiles.
L'après-midi a basculé vers la question cruciale de la transmission. Comment forme-t-on aujourd'hui de jeunes cinéphiles ? Carole Desbarats a animé une discussion riche avec des enseignants et des programmateurs qui travaillent au quotidien avec des publics scolaires. Jérôme Baron a présenté le dispositif Ciné-Sup, tandis qu'une dernière table ronde réunissait des animateurs de ciné-clubs de différentes générations. Leurs témoignages ont révélé à la fois les constantes de cette pratique militante et ses nécessaires adaptations.
La projection de Spectateurs ! d'Arnaud Desplechin à La Fémis a parfaitement conclu cette journée consacrée à la transmission. Le cinéaste, présent pour échanger avec le public, a raconté sa propre formation de spectateur.
Vendredi 5 décembre - Penser la cinéphilie de demain.
Le Collège de France a accueilli la dernière journée, la plus tournée vers l'avenir. Après les mots d'accueil de Patrick Boucheron, Natacha Laurent a interrogé les choix de programmation : Que montrer, comment le montrer ? Des questions apparemment techniques mais qui touchent au cœur du projet cinéphile.

La table ronde suivante, modérée par Myriam Djebour-Ferry, a croisé les regards de Sébastien Denis, Laure Murat, Sabine Putorti et Axelle Ropert sur les évolutions sociétales et leur impact sur notre rapport au cinéma. Comment la cinéphilie se transforme-t-elle quand nos modes de vie, nos façons de consommer la culture, nos manières même de voir changent ?
L'après-midi a abordé frontalement la révolution numérique. Critiques installés et nouvelles voix du web ont débattu sans langue de bois. Charlotte Garson, Antoine Guillot, Joris Laquittant, Philippe Rouyer et d'autres ont échangé sur les nouveaux formats de critique, les réseaux sociaux, la fragmentation des publics. Pas de consensus mou, mais un vrai dialogue entre générations et pratiques différentes.
Le dialogue final avec le public, animé par Guillaume Bachy et Antoine de Baecque, a permis de prolonger librement ces trois jours de réflexion. Qu'est-ce que la cinéphilie de demain ?
La réception au ministère de la Culture a clos ces trois journées riches en questionnement.


(Crédit photo Linkedin AFCAE)
Sept décennies d'engagement pour le cinéma Art et Essai, pour la diversité des œuvres et le lien vivant entre les films et leurs publics : c'est un bel anniversaire et un rendez-vous exceptionnel pour les étudiants du Master DMC.
Un article d'Annaëlle Anunciata MARIE



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