Intouchables : Eric Tolédano revient sur les bancs de l’université

Mardi 10 janvier, les élèves du Master ont eu la chance d’accueillir Eric Tolédano, coréalisateur avec Olivier Nakache d’Intouchables, pour un petit-déjeuner. Simplement et sans langue de bois, il est revenu sur le succès du film, ses précédentes réalisations et ses projets à venir.

Pour Eric Tolédano, le cinéma est en pleine métamorphose comme l’a montré le succès des films français de l’automne 2011 : The ArtistPolisseLa Guerre est déclarée et bien sûr Intouchables. Il faut approcher différemment le public pour le faire venir au cinéma et cela semble passer par des histoires très fortes et des ingrédients nouveaux.

« Une chance inouïe »

Pour Eric Tolédano et Olivier Nakache, « c’est une chance inouïe de faire un film ». Alors ils veulent surprendre le public, « à tous les étages ». Intouchables apparaît ici comme un cas d’école. Rien n’était acquis : le sujet, le registre, le scénario, la distribution et son succès phénoménal qui semble s’étendre au reste de l’Europe. Ils ont eux mêmes cherché les contradictions en demandant à des professionnels de l’univers de Jacques Audiard de les rejoindre : Mathieu Vadepied, chef opérateur (Sur mes Lèvres) et Nathalie Vierny, scripte (Un Prophète). Une rencontre pas évidente, qui a permis au duo de ne jamais tomber dans la complaisance et dans l’autosatisfaction pendant le tournage. « Nous avons voulu travailler avec eux pour la qualité de leur travail. Mais aussi pour avoir autour de nous des gens qui nous contredisent »  car « qui rigole trop au tournage, pleure au montage ». Leur secret de fabrication ? Ne pas refaire une prise quand elle est bonne, mais la refaire « autrement ». « Nous avons tourné beaucoup de scènes en demandant aux acteurs de jouer différents registres à chaque fois ». Le choix final s’est fait au montage pour donner au film son rythme idéal.

« Quand on part sur un sujet de film, il faut avoir vu tout ce qui déjà été fait dessus »

Les réalisateurs ont regardé tous les films touchant au handicap en préparant Intouchables. Eric Tolédano avoue avoir été très impressionné par My Left Foot de Jim Sheridan et surtout par la performance de Daniel D. Lewis. Mais les réalisateurs de Tellement Proches aiment la comédie et il n’était pas question pour eux de se « renier pour Intouchables ». Et il ne fallait pas non plus trahir les deux protagonistes de l’histoire qui insistaient sur le fait qu’ils  avaient été sauvés par cette rencontre soudée par l’humour.

Dès l’origine du projet, Omar Sy leur est apparu comme incontournable pour interpréter le personnage de Driss. Le deal avec les producteurs était simple : « si Omar ne joue pas, on ne le fera pas ». Pour le rôle de l’aristocrate corse, les choses ont été moins faciles, Daniel Auteuil ayant quitté le projet à quelques semaines du tournage. François Cluzet est alors apparu comme une évidence pour tous, ce que le public confirme toutes les semaines depuis le 2 novembre.

« Un producteur doit être prêt à mouiller sa chemise, à perdre de l’argent, mais ne doit jamais rogner sur l’artistique. »

Côté production c’est la société Quad et particulièrement Nicolas Duval Adassovsky qui s’est occupé d’Intouchables. Un choix naturel car le producteur est à leurs côtés depuis de nombreuses années, c’est lui qui a été l’initiateur de Nos Jours Heureux et surtout « il sait nous dire quand ce n’est pas bon ». La société Quad sort bientôt le prochain film de Pascale Chaumeil, Le Plan Parfait (avec Diane Krüger et Dany Boon), après une première collaboration sur L’Arnacoeur.

Et maintenant ? Intouchables poursuit sa carrière nationale et s’est offert le luxe le week-end dernier de détrôner La Grande Vadrouille en réalisant 17 427 366 millions d’entrées. On lui souhaite de réserver le même sort à Bienvenue chez les Ch’tis et pourquoi pas à Titanic.

Pour l’avenir, Eric Tolédano confie vouloir continuer à travailler comme il l’a toujours fait :  faire des films qu’il aime, à moins de 10 millions d’euros (9,6 millions d’euros de budget pour Intouchables), sans pression, juste avec plaisir… et avec Olivier Nakache.

Astrid Bordeloup-Hauschild